Au sujet du retravail et d’un mythe autour du travail éditorial.
3 juillet 2026
C’est bien le 3 juillet, la date d’envoi attendue de la Lettre dispersée, 30% gratuite, le reste réservé aux abonné·es. Ensuite, après trois (ou quatre) mois (selon mon retard), les Lettres deviennent gratis en passant sur mon site, dans cette rubrique. Je viens d’ailleurs d’y publier mars et avril.
J’ai eu confirmation (par une source interne !) que les grandes maisons d’éditions n’investissent plus dans l’aide à la réécriture pour les primo arrivants. C’est-à-dire que lorsque vous envoyez votre premier roman (ou le quatrième pour la première fois, notez ça), il doit être parfait immédiatement. Même si un texte a du potentiel, ça ne suffit plus pour qu’un ME passe du temps et dépense de l’argent. Elle ne va pas vous aider à finaliser le texte, vous révéler en vous offrant ce regard extérieur, ce décentrement nécessaire. Il faut que vous ayez été préalablement accompagné, que quelqu’un ait déjà fait ce travail pour vous, que vous ayez les moyens de ça. Ou il faut avoir, de base, avant de soumettre votre manuscrit, ce décentrement, ce regard extérieur à l’intérieur de vous, être à la fois auteur et correcteur, autrice et relectrice. Je ne dis pas qu’il faut écrire et bâcler n’importe comment, mais il y a quelque chose à réfléchir, ici.
Je ne sais pas si cela a déjà amené le paysage éditorial à être modifié, entre les années 90 et les années 2020. Peut-on parler d’une chute de la curiosité ? Est-ce que tel texte mal fini aurait pu devenir une découverte, une curiosité, défricher une terra incognita ? Est-ce qu’on risque de perdre un aspect amateur et de n’avoir plus que des spécialistes de la langue, parfaitement formé·es, professeur·es, journalistes ? Il faudrait lire Entrer en littérature : Premiers romans et primo-romanciers dans les limbes, de Bertrand Legendre et Corinne Abensour (Éditions Arkhê, 2012) ; voir ici. Je ne l’ai pas lu.
Il y a donc un “seuil” difficile à franchir, peut-être de plus en plus difficile. Ce n’est qu’une fois franchi qu’il pourra y avoir un accompagnement, fatalement réduit. Il me semble que cette constatation va de pair avec celle que j’ai faite d’assister à l’apparition d’un nombre important de rewriters sur les réseaux sociaux, plutôt jeunes et plutôt dans le domaine de la SFF. Il y a un marché de la réécriture dans ces genres de l’imaginaire, dont une partie s’écoule par auto-édition, donc où le métier est nécessaire, puisque la maison d’édition c’est vous.
En conclusion, c’est terminé (et depuis longtemps) l’idée de se dire que, si vous n’en pouvez plus d’un texte, si vous en avez fait le tour et qu’il vous a, le texte, détruit à mesure que vous l’avez construit, qu’il est là quelque part mais qu’il manque quelque chose et que vous le savez mais que vous savez aussi que vous ne pouvez plus savoir ce que c’est, s’il vous est devenu impossible d’affronter ça seul·e, alors quelqu’un dont c’est le métier, le but dans la vie, va vous aider. Je ne parle évidemment pas du cas où le texte n’est pas du tout là, qu’il n’y a rien mais que vous croyez qu’il y a quelque chose parce que vous voulez y croire et que votre ego vous empêche d’imaginer que vous êtes complètement à côté de la plaque et que si vous l’acceptiez vous ne pourriez plus jamais écrire.
Ironiquement, le jour même de cette épiphanie, je vois passer ce titre dans Télérama :
Laurent Mauvignier : “Sur un roman, la lecture de l’éditeur est fondamentale pour retoucher le texte”.
Le chapô précise :
Depuis quatre ans, Thomas Simonnet, à la tête des éditions de Minuit, aide Laurent Mauvignier à parachever ses manuscrits. Une complicité intellectuelle couronnée par un Goncourt. Premier épisode de notre série sur les liens entre les auteurs et leurs éditeurs.
Ces liens entre auteurs et éditeurs, tels qu’on peut encore se les imaginer en lisant ce titre, datent. C’est une image d’Épinal, un mythe romantique qui est mort il y a vingt ou trente ans déjà. Ça fait longtemps que cet idéal d’accompagnement du premier roman n’existe plus parce que le coût d’entrée a augmenté. Cela dit, je n’ai pas lu l’article, et il y en a encore 4 à paraître, il sera peut-être question de ces changements.
Il me semble que si « même » Laurent Mauvignier a besoin d’un regard extérieur, a fortiori un·e auteurice plus jeune a aussi ce besoin. Si l’on regarde les grandes maisons, des premiers romans sont publiés, bien sûr. Il faut seulement imaginer que le livre était comme ça dans l’enveloppe, qu’il a à peine été modifié, car autrement on n’aurait pas pu le lire.
C’est ici que j’arrête la partie gratuite. Dans la suite, pas de lecture mise en son, j’en ai publié deux cette semaine, il y a un léger décalage en ce moment, la canicule n’y est pas pour rien. J’explique plus bas comment je n’ai pas réussi à enregistrer, aussi, techniquement. Et les extraits ne se prêtaient peut-être pas à ce que ma voix les lise.
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