En n'écrivant pas, des questions viennent.
Quoi écrire quand on n’a rien à écrire — à dire — la question peut paraître absurde, car il n’y aurait simplement rien à faire et ce serait la chose la plus naturelle et la plus efficace. Ne rien faire, mais le faire bien, comme disait Delphine Bretesché.
Au lieu de ça, on se force. Et au final, on n’écrit rien sur l’écran — qui a pu être blanc à une époque, n’est désormais plus qu’un précipice sans fin d’images folles programmées pour me distraire, me disperser.
Anne Savelli vient de publier un épisode sur le non-écrire au Japon — sous un angle bien particulier, mais je me dis qu’en plus, voilà, l’herbe japonaise est coupée sous mes « geta », ces sandales de bois — non, allez écouter l’épisode, il est passionnant. C’est un peu le thème éternel de l’écrivain en panne, qui peut se décliner en autant de tactiques d’évitement. Le plus ironique dans mon angoisse où le vide agité envahit mon esprit, c’est que j’ai la solution. J’en ai déjà parlé. Les Ateliers d’écriture™.
J’ai écrit beaucoup de textes en atelier, depuis plus de quinze ans, comme participant ou comme animateur. Quand j’anime, j’écris. Je me convie à la lecture du groupe, il faut bien prouver que la consigne, si difficile, étrange ou embêtante qu’elle puisse être, fonctionne. Combien de casquettes de Charles Bovary ? Sous forme d’un T-shirt, d’une paire de basket, d’une écharpe… Combien de monologues intérieurs de Mrs. Dalloway allant acheter du pain, du vin, du Brie mais de Meaux, une voiture, des cartes Pokémon… Combien de voix de solitude d’après Koltès et dans quelles villes… Combien de descriptions, de scènes fugitives d’après Perec, Baudelaire, combien de fenêtres et de vies entraperçues ? Tous ces textes, je n’en ai conservé que très peu. Rescrits rapidement, pendant la séance, sur une feuille volante bien souvent, parfois dans un carnet archivé dans caisse… Tous ces extraits, qui ne valent que pour et par eux-mêmes, isolés, atomisés dans le moment de les écrire, sans livre autour sont, de plus, démultipliés par les singularités de toutes les voix écrites que j’ai pu entendre de la part des participant·es. Leur manière d’aborder l’exercice, de le détourner, de le réinventer. Autant d’œuvres miniatures qui vivent leur vie propre le temps d’un atelier. Et cela est suffisant, dans l’action et l’échange, à l’occasion de ce laboratoire éphémère. J’y arrive parce qu’il y a la contrainte du moment, l’horloge qui tourne et l’instant de lire et d’écouter.
Autrement, pour moi seul, je n’y arrive pas. Je n’arrive pas à me mettre à l’atelier quand je suis seul avec mon roman. Déjà, l’atelier est pour l’entraînement, la préparation. Le roman, c’est le moment du match, de la représentation, sans filet. Cependant, au bout d’un certain temps, l’écriture vient et chaque page ou scène peut se transformer en micro-atelier solitaire, mais difficile. Et pire que ça, parfois, l’atelier autonome donne …
La partie réservée aux abonné·es commence ici, au tiers de la lettre. Il reste aussi deux lectures audio, de 3’33’’ et de 4’52’’. Trois mois après, la Lettre devient gratuite ! La Lettre dispersée de Janvier 2026 sera donc lisible dans les jours qui viennent, et cela sur mon site https://jsene.net mais je ne sais pas encore où ni sous quelle forme ! J’y réfléchis le plus vite possible et posterai une Lettre intermédiaire à ce sujet.
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