Quelle est ma voix ?

En n'écrivant pas, des questions viennent.

La Lettre dispersée
5 min ⋅ 03/04/2026

Quoi écrire quand on n’a rien à écrire — à dire — la question peut paraître absurde, car il n’y aurait simplement rien à faire et ce serait la chose la plus naturelle et la plus efficace. Ne rien faire, mais le faire bien, comme disait Delphine Bretesché.

Au lieu de ça, on se force. Et au final, on n’écrit rien sur l’écran — qui a pu être blanc à une époque, n’est désormais plus qu’un précipice sans fin d’images folles programmées pour me distraire, me disperser.

Anne Savelli vient de publier un épisode sur le non-écrire au Japon — sous un angle bien particulier, mais je me dis qu’en plus, voilà, l’herbe japonaise est coupée sous mes « geta », ces sandales de bois — non, allez écouter l’épisode, il est passionnant. C’est un peu le thème éternel de l’écrivain en panne, qui peut se décliner en autant de tactiques d’évitement. Le plus ironique dans mon angoisse où le vide agité envahit mon esprit, c’est que j’ai la solution. J’en ai déjà parlé. Les Ateliers d’écriture™.

J’ai écrit beaucoup de textes en atelier, depuis plus de quinze ans, comme participant ou comme animateur. Quand j’anime, j’écris. Je me convie à la lecture du groupe, il faut bien prouver que la consigne, si difficile, étrange ou embêtante qu’elle puisse être, fonctionne. Combien de casquettes de Charles Bovary ? Sous forme d’un T-shirt, d’une paire de basket, d’une écharpe… Combien de monologues intérieurs de Mrs. Dalloway allant acheter du pain, du vin, du Brie mais de Meaux, une voiture, des cartes Pokémon… Combien de voix de solitude d’après Koltès et dans quelles villes… Combien de descriptions, de scènes fugitives d’après Perec, Baudelaire, combien de fenêtres et de vies entraperçues ? Tous ces textes, je n’en ai conservé que très peu. Rescrits rapidement, pendant la séance, sur une feuille volante bien souvent, parfois dans un carnet archivé dans caisse… Tous ces extraits, qui ne valent que pour et par eux-mêmes, isolés, atomisés dans le moment de les écrire, sans livre autour sont, de plus, démultipliés par les singularités de toutes les voix écrites que j’ai pu entendre de la part des participant·es. Leur manière d’aborder l’exercice, de le détourner, de le réinventer. Autant d’œuvres miniatures qui vivent leur vie propre le temps d’un atelier. Et cela est suffisant, dans l’action et l’échange, à l’occasion de ce laboratoire éphémère. J’y arrive parce qu’il y a la contrainte du moment, l’horloge qui tourne et l’instant de lire et d’écouter.

Autrement, pour moi seul, je n’y arrive pas. Je n’arrive pas à me mettre à l’atelier quand je suis seul avec mon roman. Déjà, l’atelier est pour l’entraînement, la préparation. Le roman, c’est le moment du match, de la représentation, sans filet. Cependant, au bout d’un certain temps, l’écriture vient et chaque page ou scène peut se transformer en micro-atelier solitaire, mais difficile. Et pire que ça, parfois, l’atelier autonome donne …

La partie réservée aux abonné·es commence ici, au tiers de la lettre. Il reste aussi deux lectures audio, de 3’33’’ et de 4’52’’. Trois mois après, la Lettre devient gratuite ! La Lettre dispersée de Janvier 2026 sera donc lisible dans les jours qui viennent, et cela sur mon site https://jsene.net mais je ne sais pas encore où ni sous quelle forme ! J’y réfléchis le plus vite possible et posterai une Lettre intermédiaire à ce sujet.

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La Lettre dispersée

Par Joachim Séné

Joachim Séné est né sur les terres sans radioactivité notoire de Picardie vers 1975. Après l’obtention d’un diplôme d’ingénieur informatique, de banlieue en banlieue, il a traversé plusieurs fois la Seine, puis la Marne, où il laisse désormais son empreinte carbone. Il a travaillé onze ans comme développeur dans le privé, avant de se mettre à son compte, pour développer des sites web pour la littérature, et écrire.

Il a publié Disparitions, Apparitions en 2025, La Boucle impossible avec Anne Savelli en 2024, L’Homme heureux en 2020 au sujet des câbles sous-marins qui transmettent et mélangent nos données (avec d’autres formes possibles). Village qui traverse plusieurs fois un village dans un pays plat, et rêve de ville. Sans et C’était dans l’open-space et comment en sortir. Arthur Maçon est l’histoire du premier homme. La crise (rééditée et suivie de Je ne me souviens pas, en 2017) qui explore les mots du pouvoir et se poursuit dans une anticipation poétique. Le tout chez Publie.net. Depuis 2019 son livre en trois coupes, Équations football (chez D-Fiction), n’est plus disponible. Tous les livres.

Il écrit régulièrement dans son Journal éclaté sur jsene.net (l’ancien site, Fragments, chutes et conséquences a tendance à disparaître sous l’effet de la patine numérique) et irrégulièrement dans la revue remue.net avec des algorithmes. En programmant il lui est arrivé de travailler avec Philippe de Jonckheere, ici, ou avec la Marelle sur un prototype de Bruits pour Anne Savelli.

Il anime enfin un site de renumérisation relire.net. Ainsi que, depuis 2015, le site de créations sonores et littéraires L’aiR Nu avec Anne Savelli, Pierre Cohen-Hadria, Gilda Fiermonte et Thierry Beinstingel et d’autres, site qui propose une librairie libre de livres numériques en co-écriture, sur la ville.

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